Mémoires du Clown |
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de ma vie. Je ne m’en suis jamais vraiment remis et ne m’en remettrai probablement pas. Il fait partie de mes fantômes du passé. Je croyais, avant ce drame, d’une manière extrême en l’amitié. Pour moi, c’était quelque chose de sacré : un ami, ça ne se laissait jamais tomber. Mais suite à mon manque de présence et parce que si la même situation se reproduisait aujourd’hui, je réagirais probablement de la même manière, je ne crois plus en l’amitié. Compter sur certaines personnes, c’est selon moi possible, suivant les cas, mais chacun à ses limites rien ne peut les contourner. Vous noterez que j’utilise à plusieurs reprises dans ce livre le terme « ami ». Ce n’est que pour une question de répétitions. J’avais gardé un souvenir amer du jour de son enterrement, alors que j’avais vu son frère passer devant le cercueil en rigolant. Je m’étais toujours promis de m’expliquer avec lui un jour, suite à cette image qui m’avait durement marqué. Il y a environ deux ans, je me trouvais dans un bistrot. J’étais tranquillement accoudé au bar en train de siroter une bière, quand j’ai tourné la tête et l’ai aperçu à trois mètres de moi à peine. Je me suis approché de lui et lui ai lancé sur le ton le |
plus désagréable que je pouvais prendre que j’étais un ami de son frère, Pat. Il s’est alors mis à sourire, comme s’il se réjouissait de pouvoir parler de son frère avec quelqu’un. Cette réaction m’a quelque peu désorienté. Nous avons commencé à discuter et j’ai explosé. Je lui ai dit sur un air extrêmement agressif que j’avais une question vraiment importante à lui poser. Directement, et toujours avec le même sourire, il m’a répondu, alors que je ne lui avais encore fait part d’aucun indice : « Oui, tu veux savoir pourquoi je rigolais le jour de son enterrement… Et bien c’est simple : c’était soit ça, soit je m’effondrais ». Puis, il s’est mis à pleurer. Nous sommes restés un bon moment à discuter et je lui ai écrit sur un morceau de papier « Amitié Inachevée » ; il l’a lu et s’est remis à pleurer. On s’est ensuite séparé et nous sommes restés en bons termes. Les lignes sont pondues en quelques minutes, il ne réfléchit pas, ne fait que d’écrire. À peine le poème terminé, il tourne la page sans le relire, comme par besoin de passer à autre chose. Il vient de se rappeler l’un des moments les plus difficiles de sa vie. Son esprit se |
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