Mémoires du Clown

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  bagarres étaient quotidiennes et d’une extrême violence. Il n’y avait pas un jour qui passait sans échange de coups. J’essayais finalement de montrer un exemple que je ne parvenais pas à suivre.
J’y suis arrivé par la suite, puisque mon niveau d’agressivité a considérablement diminué, mais je garde quand même le souvenir d’un sentiment d’échec entre mes paroles de l’époque et mes actes. C’était une sorte de contradiction. Je croyais en quelque chose que je ne parvenais moi-même pas à appliquer. On faisait partie d’une génération de jeunes utopistes qui voulait changer le monde, qui se battait à sa manière pour tenter de faire réagir les gens, mais qui n’appliquait qu’à moitié ce en quoi elle croyait.
Le problème, c’était d’être constamment oppressé (police, vieux cons, administration, etc.). Au final, on se défendait de manière « virulente » à force de fatigue et de se sentir blasé.


À la fin du texte, c’est un sentiment de liberté qui l’envahit. Il a l’impression d’avoir enfin pu sortir toute une haine qu’il avait refoulée à l’intérieur de lui pendant des années. Il ressent toujours cette envie de continuer à écrire, l’envie d’aller vite, de faire plus. Depuis ce matin, c’est un sentiment qui lui est permanent. Il n’a plus ressenti ça depuis son accident. Avant, quand il travaillait, il était souvent accompagné de cette volonté. Vouloir avancer toujours
plus, ne jamais remettre à plus tard ce qu’il se sentait la force de faire au moment présent...
Il est toujours assis sur sa chaise. Il n’a plus le temps d’écrire autre chose. Sa femme doit avoir terminé la vaisselle depuis un petit moment déjà et l’attend très probablement dans le salon pour regarder un film, comme ils le font tous les soirs depuis l’accident. Il ne veut pas trop la faire attendre. Avant qu’il soit paralysé, ils ne regardaient presque jamais la télévision. Au contraire, ils la bannissaient presque, car ils préféraient amplement passer leurs soirées à sortir, voir des amis, aller boire quelque chose et discuter. En regagnant le salon, ce dernier trouve effectivement sa femme assise sur le canapé en train de l’attendre. Alors qu’il se dirige vers elle, Caroline lui lance :

« Ah ça y est, tu as terminé ? »
« Oui, c’est bon, je téléphonerai à un notaire dans la semaine pour prendre rendez-vous »
« Très bien. Mais je suis quand même un peu inquiète. Aujourd’hui, ton comportement a changé, j’avais l’impression que tu reprenais le dessus, mais j’apprends en même temps que tu es en train de faire ton testament. Je ne sais plus trop quoi penser »
« Mais tu n’as aucune raison de t’inquiéter. Si quelque chose n’allait pas, tu en serais la première informée, sois tranquille là-dessus. Je me sens effectivement mieux et je commence à retrouver un peu de ma vieille énergie »
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