Mémoires du Clown |
| « PRECEDENT SUIVANT » |
|
Home Chapitres Livre Imprimer Nouvelles Salutations Faire un don Forum & Contact |
pays, il a toujours refusé de s’établir quelque part, d’avoir une adresse à laquelle il pouvait être joignable ou même un numéro de téléphone. Chaque fois que je le voyais, c’était par hasard soit dans la rue, soit parce que j’apprenais qu’il s’était établi quelque temps dans un certain squat. J’allais donc parfois le voir et c’était démentiel de constater la manière dont il vivait : jamais aucune affaire défaite, toujours prêt à partir du jour au lendemain, il pouvait tout à coup se décider à quitter la Suisse pour l’étranger et on ne le voyait plus pendant plusieurs mois. C’était un super pote, un type qui ne se prenait jamais la tête et avec qui je pouvais avoir des discussions sur pratiquement n’importe quel sujet. Un jour, je me rappelle que je l’avais croisé dans une rue lausannoise et qu’il voulait absolument me montrer le squat dans lequel il s’était établi, alors je l’ai suivi jusque dans les hauts de la ville. Il avait pris d’assaut une maison à l’aide de deux autres personnes et ils étaient en train de préparer un énorme jardin avec des salades, des légumes et fruits de toutes sortes. C’était carrément bien, un vrai petit morceau de nature au milieu de la ville. À peine une semaine plus tard, j’ai voulu y repasser pour lui rendre une visite, mais j’ai appris qu’il venait de partir pour un tour d’Europe en vélo ! |
C’était toujours comme ça. Un jour, alors que je répétais au squat de la Colline avec Troubadour et que je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois (aux dernières nouvelles que j’avais reçues, il s’était établi en Espagne), la porte de la cave s’est ouverte et il est rentré. J’étais complètement halluciné, je ne m’attendais pas du tout à le voir là. Il vivait comme un nomade, se déplaçait selon ses envies sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit. C’était un mec qui vivait sa propre anarchie, complètement à sa manière, un mec vrai. Lorsque j’ai écrit le texte, cela me paraissait vraiment important de raconter quelque chose se rapportant à ses aventures, à sa manière d’exister, pour montrer que même en Suisse, des personnes vivant de la sorte et participant à leur propre aventure existent. Geronimo ! C’est une réussite. En le relisant, il est très content du résultat. Une pause bien méritée s’impose à présent. Rémi retourne au salon, éteint la télévision et se hisse sur le canapé. N’ayant plus l’habitude de travailler, il se fatigue beaucoup plus rapidement qu’auparavant. Mais cette fois-ci, contrairement aux jours précédents, c’est avec une certaine satisfaction qu’il s’allonge : il a le sentiment d’avoir mérité un peu de repos. Pour lui, il n’y a rien de plus frustrant que se |
| © 2006 - mesmemoires.com | 177 | 178 |